Intervention Jérôme Christen du 18 septembre 2007 au Grand Conseil dans le cadre du débat sur l’Initiative van Singer “visant à protéger de la fumée passive aussi bien les non-fumeurs que le personnel des établissements publics”
Chers collègues,
Je suis à M. Van Singer ce que les étrangers sont à l’UDC, un poumon noir, pardon, un mouton noir que l’on veut éjecter des établissements publics parce qu’il a décidé de conserver une habitude culturelle, une marotte, une dépendance, mais aussi un plaisir que d’autres ont abandonné. En effet, je fume!
Je ne me fais pas d’illusions. Le train est en marche, cette initiative est dans l’air du temps. Elle correspond à un phénomène de mode et de société.
C’est un non-sens que de dire que ce projet n’est pas anti-fumeurs, mais anti-fumée. Car un bar, un café, un bistrot, est par essence un lieu social où l’on vient pour fumer. Comme l’on vient pour boire, manger ou faire des rencontres.
Les cafés-restaurants jouent d’autant plus ce rôle de fumoir qu’on ne peut plus ” s’en griller une” dans l’administration et que de plus en plus, le conjoint ou la conjointe, souvent ex-fumeur/euse reconverti/e, est devenu/e plus orthodoxe que les orthodoxes et ne veut pas lui/elle non plus de ce pestiféré, de ce pelé, de ce gâleux qu’est devenu le fumeur.
Que des mesures soient prises pour trouver le moyen de cohabiter entre pratiquants et non pratiquants, c’est une nécessité que doivent même admettre les fumeurs les plus invétérés. Les interdictions de fumer durant les heures de repas en est une. L’obligation de créer des fumoirs pourraient être également une. Mais il importe au moins de prévoir des exceptions pour les petits établissements (moins de 100 places) comme c’est le cas en Espagne et en Belgique.
Car comment voudriez-vous que ces petits établissements, souvent des pintes vaudoises, puissent survivre alors que leur chiffre d’affaires est majoritairement réalisé avec des fumeurs. Et même si tel n’était pas le cas, ces petits troquets seraient en péril, car dans l’impossibilité – en raison de leur petite taille – de créer un fumoir et subiraient donc une concurrence déloyale de ceux qui peuvent s’en doter.
M. Van Singer, vous allez, aux yeux d’une majorité de Vaudois, vous allez peut-être devenir un héros, en étant celui grâce à qui la fumée disparaîtra des établissements publics. Mais viendra le jour où l’on se rendra compte que le remède était pire que le mal. Car les cafés-restaurants sont des lieux sociaux de première importance qui permettent de se rencontrer, d’échanger, de mieux se comprendre. Comme s’il n’y avait pas assez de barrières et de frontières dans la société dans laquelle nous vivons, vous voulez ériger de nouveaux murs entre les fumeurs et non fumeurs, alors que l’on devrait plutôt s’employer à les abattre.
Le rapport de la commission fait allusion au risque de nuisances sonores générées par les fumeurs dès lors que ceux-ci se tiennent à l’extérieur des établissements. Le commissaire qui soulève ce problème en citant l’exemple du Lapin Vert voudrait-il donc, pour avoir la paix, que l’on envoie les fumeurs à la Brévine comme d’autres envoyaient les dissidents en Sibérie. Il est évident que la Suisse va vivre ce que l’Italie à vécu: une vie nocturne plus bruyante. Je me suis rendu au mois de février à Cesena. L’interdiction de fumeur dans les établissements publics a profondément modifié les comportements. Alors que la température était de 9 degrés, ce qui n’est pas excessivement froid en février, une très forte majorité des clients des bars (avec ou sans fumoir) étaient dans la rue les fumeurs y côtoyant les non-fumeurs. Les fenêtres et portes étaient grande ouvertes pour que la musique ne profite pas exclusivement aux quelques égarés restés à l’intérieur de l’établissement. Mais ce que l’Italie supporte comme pays latin, notre canton est-il prêt à le supporter? A entendre et lire régulièrement les réactions de certains habitants des villes qui ont une vie nocturne soutenue, rien n’est moins sûr. Pour ma part, vous l’avez compris, je refuserai l’initiative parlementaire van Singer et consorts, car elle va trop loin dans l’exclusion des fumeurs.
Derniers commentaires