Test d’urine dans les écoles: échec programmé

Les libéraux vaudois et - dans une moindre mesure - les radicaux vaudois ne cessent de marteler depuis de nombreuses années la nécessité de réduire les interventions de l’Etat. Déboussolée par la poursuite de la progression de l’UDC, depuis quelques mois, la droite bourgeoise emboîte son pas et dépose des interventions parlementaires qui, curieusement visent un renforcement de l’appareil répressif de l’Etat, à assister plutôt que responsabiliser par des mesures préventives. Tétanisée par l’obsession d’être disciplinée et de donner un coup de barre à droite, depuis le début de législature, libéraux et radicaux ont par exemple accepté une motion de l’écolo-libéral Jacques-André Haury visant à introduire des test d’urine dans les écoles en vue de dépister des traces de cannabis.

Ce texte vise à introduire “une compétence légale, pour les directions d’établissements scolaires, de détecter les consommateurs de cannabis”. En clair, il nous demande de donner à l’école les moyens de contraindre un élève à se soumettre à un prélèvement d’urine afin qu’on y détecte des traces de THC.

Non au prof-flic

Notre collègue Haury ne cesse pourtant de marteler depuis plusieurs années que la mission de l’école devrait se limiter exclusivement à la transmission des savoirs. Si, pour le bon fonctionnement d’un établissement scolaire, les enseignants sont malheureusement contraints de faire également l’éducation de certains élèves, faut-il en plus leur confier un rôle de policier? Le prof de math doit-il se muer en inspecteur de la brigade ses stups? Non, car ce n’est pas son rôle: il n’est pas souhaitable de  faire d’un instrument pédagogique un instrument de répression, de casser une relation de confiance entre un enseignant et un élève et encore déresponsabiliser les parents face aux tâches éducatives qui leur incombent.

Il est déjà possible d’agir

Les tests de dépistage sont en contradiction avec la protection de la sphère privée et, d’autre part, ils sont également discutables d’un point de vue éducatif. Sans compter qu’il n’y a pas besoin de tels tests pour que l’enseignant constate qu’un élève présente des troubles qui perturbent sa capacité de concentration. Dès lors, il peut enclencher la chaîne préventive, et si nécessaire, la direction entrer dans une phase répressive.

L’Office fédéral de la santé qui a édité un guide intitulé “Ecole et cannabis”, destiné aux enseignants et directions scolaires. Il conclut qu’il n’existe aucun argument convaincant pour faire des tests tels que préconisés par M. Haury. De plus, leur résultats sont très limités, car:

  • les traces de cannabis peuvent être détectées plusieurs jours, voire plusieurs semaines après la consommation. Un test n’indique rien de l’état actuel de la personne concernée.
  • un test ne permet pas de conclure à une consommation unique ou à une consommation régulière.
  • les tests sont facilement falsifiables, p.ex. en ajoutant de l’eau au prélèvement d’urines.
  • l’effet dissuasif de tests est discutable : la peur des conséquences dans la situation d’un test positif ne retient pas forcément un jeune de consommer.

Les règles d’usage

Toutefois, un établissement scolaire ne tolérera pas que les élèves consomment du cannabis ou se trouvent sous l’effet du cannabis durant les heures du cours ou lors de manifestations scolaires et doit faire respecter les règles suivantes:

  • aucune consommation avant ou pendant l’école.
  • les élèves sous effet d’une drogue ne sont pas admis au cours
  • pas de consommation avant ou pendant des situations particulières, telles que courses d’école, voyages d’études, camps, fêtes organisées par l’école.
  • pas de partage, ni de trafic de cannabis ou d’autres drogues dans l’enceinte de l’école. Il va de soi que ces règles s’appliquent aussi bien aux élèves qu’aux enseignants et autres personnes employées par l’école.

Le nombre d’adolescents ayant déjà goûté au cannabis ne cesse de baisser. En 2002, 40% des jeunes de 15 ans avaient déjà fumé. En 2006, ils n’étaient plus que 30%. De surcroît, parmi ceux qui ont essayé, ils sont toujours plus nombreux à ne pas récidiver. Et les jeunes qui fument des joints sont toujours moins nombreux.

L’école à une mission pédagogique. Policer l’école, c’est donner le signe qu’elle n’est qu’un instrument de répression et non un moyen de développement pour les enfants. L’école doit avant tout donner à ses élèves les outils dont ils auront besoin pour être indépendants une fois dans la vie active. D’autre part, cette motion va dans le sens d’un risque supplémentaire de déresponsabiliser les parents et s’ajoute encore à toutes les tâches éducatives qui incombent aux enseignants depuis plusieurs années.

La prévention porte ses fruits plus que la répression qui renforce le goût de l’interdit. Une bonne mise en garde étayée vaut mieux qu’un niet sans explication. Quoi de mieux de montrer aux jeunes les effets négatifs du cannabis pour les dissuader d’en consommer?

1 commentaire à “Test d'urine dans les écoles: échec programmé”


  1. 1 Marie Juana 4 mai 2008 à 17:47

    La lutte contre la consommation des drogues par les jeunes écoliers est certes une mission de prévention que l’école doit être en mesure de remplir, au même titre que les autres tâches éducatives dont elle a la charge; tâches qui lui sont attribuées par la société civile. Il ne lui appartient pas, par contre, de se substituer à l’autorité judiciaire en recherchant les preuves d’un délit. Avant d’introduire le dépistage des consommateurs de drogues dans l’enceinte scolaire pour tous ceux qui la fréquentent, adultes et mineurs, il conviendrait de rappeler clairement l’illégalité de toute consommation de drogue. Connaissance qui n’est de loin pas aussi répandue que l’on peut penser, notamment en ce qui concerne le cannabis.

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