La nouvelle grille salariale de la fonction publique a passé sans difficultés le premier débat au Grand Conseil. L’entrée en matière a été acceptée par 124 voix contre 9 et 4 abstentions. Seule l’extrême-gauche s’est opposée à l’entrée en matière. Le député Jérôme Christen s’est exprimé au nom de l’Alliance du Centre (PDC-UDF¬-Riviera Libre-Ecologie Libérale) en ces termes:
Nul ne peut ignorer que des sacrifices ont été consentis ces dernières années par la fonction publique, que les heures que les enseignants consacrent à l’exercice de leur métier n’a évidemment rien à voir avec la caricature que de vacanciers que d’aucuns se plaisent à dessiner au café du commerce sans connaître la réalité du terrain. Et également que les conditions dans lesquelles ce métier s’exerce se sont indéniablement corsées au fil du temps.
Pas de perte de pouvoir d’achat
Mais dire que les enseignants ont perdu du pouvoir d’achat est inexact. Pour être correct, il faut dire que les enseignants n’ont pas profité totalement des augmentations de salaires prévues par des mécanismes salariaux qui ne connaissent pas d’équivalent dans le secteur privé. Qui aujourd’hui peut aujourd’hui, être certain qu’il gagnera plus l’an prochain, dans 5 ans, 10 ans, 20 ans, 30 ans ou 40 ans? L’évolution d’un salaire est dépendante d’éventuelles promotions du salarié et de la réussite ou de l’échec d’une entreprise. Depuis la mise en vigueur de la nouvelle Loi sur le personnel, il ne devrait théoriquement plus y avoir d’augmentations automatiques. Selon l’exposé des motifs et projet de décret qui nous est soumis, dans la pratique, la possibilité d’octroyer des une ou deux annuités supplémentaires ou de ne pas en octroyer n’est utilisée que pour 1,5% des collaborateurs. Les augmentations annuelles sont donc toujours considérées comme un acquis, en les reconduisant quasi-systématiquement, on finit par considérer qu’elles sont un dû. Ceci explique la réaction biaisée des collaborateurs de l’Etat.
Opération complexe
Que la réforme ne soit pas parfaite, nous pouvons l’admettre, que le projet de l’Etat soit entouré d’un certain flou et qu’il y ait eu des erreurs de communication, nous ne pouvons le nier. Mais il faut bien se rendre compte de la complexité d’une telle opération et se dire que des améliorations viendront au fil de la mise en pratique du nouveau système. Tout changement nécessite des réglages et des adaptations.
Mais nous ne pouvons toutefois plus continuer de faire fonctionner l’Etat de Vaud avec un système de rémunération injuste, obsolète et poussiéreux. Un système de progression différencié n’est pas équitable, des salaires trop vite plafonnés sont à terme démotivants, des augmentations trop faibles en début d’activité lorsque s’acquièrent les compétences ne sont pas valorisantes. Ce projet apporte par ailleurs un progrès notoire: pour déterminer le salaire, on privilégie la fonction plutôt que les diplômes et la formation. Actuellement, il existe pour la même fonction, des différences de salaires pouvant aller jusqu’à 30′000 francs par an. Il sera intéressant de voir à l’issue de ce débat dans quel camp se trouveront les conservateurs.
Pas une dévalorisation
Il ne faut pas voir cette réforme comme une dévalorisation du travail effectué par ceux qui à l’avenir gagneront moins qu’ils n’auraient pu l’espérer, mais comme un rééquilibrage nécessaire qui permet de surcroît de revaloriser des métiers mal rétribués. Aucune baisse des salaires nominaux n’est prévue, il faut le dire et le répéter, c’est sur l’ensemble de leur carrière que certains gagneront moins qu’ils n’auraient pu l’espérer avec l’ancienne grille. Les carrières planifiées jusqu’à l’âge de la retraite, est un modèle qui appartient à une autre époque. On ne peut pas faire de l’Etat, un monde à part, épargné par les évolutions. Non, chers collègues, le secteur public ne peut fonctionner dans une bulle, en marge du reste de l’économie.
La voie de la raison
J’aimerais dire à ceux qui, à droite, seraient – par réaction aux excès des syndicats - tentés de refuser ce projet de décret, de choisir la voie de la raison. On peut effectivement se demander pourquoi vouloir s’entêter à faire passer un projet qui coûtera 32 millions cette année encore et 48 millions entre 2009 et 2013. Mais c’est le prix de la modernisation de la politique salariale de l’Etat. Moyennant encore quelques adaptations, elle sera profitable à l’Etat comme à ses collaborateurs. Par ailleurs, il ne serait pas juste vis-à-vis des membres du syndicat FSF qui se sont montrés constructifs et raisonnables de leur faire payer le prix de l’intransigeance de quelques agitateurs syndicalistes et des collaborateurs de l’Etat qui ont de la peine à prendre du recul, à voir l’intérêt général et défendent de manière excessive leur pré carré. L’Alliance du Centre entrera donc en matière sur ce projet et le soutiendra ensuite les propositions du rapport de majorité de la commission des finances.
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