Stop aux excès d’hygiénisme

Le Grand Conseil a refusé mardi - par 64 voix contre 60 et 6 abstentions - deux modifications de la Loi sur les auberges et les débits de boissons (LADB) en vue de diminuer les nuisances nocturnes. La première visait à éviter qu’il soit possible de consommer de l’alcool la nuit de manière interrompue, en évitant que les établissements publics de jour puissent vendre de l’alcool dès la fermeture des établissements de nuit. La seconde visait à interdire la vente d’alcool à partir d’une certaine heure dans les magasins qui ouvrent jusqu’à 22h. Ces deux propositions ont combattues par le député de Riviera Libre Jérôme Christen qui a développé les arguments suivants :

« Les deux propositions de notre collègue Stéphane Montangero sont liberticides et hygiénistes à l’excès. Elles sont regrettables de la part de ceux qui habituellement prônent avec justesse des mesures de prévention plutôt que des mesures d’interdiction et de répression. Lorsqu’on observe des excès, il me semble plutôt judicieux de prendre des mesures contre ceux qui les commettent plutôt que sanctionner l’ensemble d’un groupe de personnes. La punition collective est la plus mauvaise des mesures. Si l’on prend l’exemple du football, il ne viendrait à l’esprit de personne d’interdire ce sport parce que des joueurs se comportent mal et ne respectent pas les règles : on essaie de faire passer des messages de fair-play et on sanctionne les responsables.

Mais qui êtes-vous, chers collègues, pour me dire ce qui est bon pour moi, pour dire ce qui est bon pour tous ceux qui fréquentent les établissements publics de nuit, ou qui achètent des boissons alcooliques dans des épiceries au-delà de 19h. Qui êtes-vous pour vouloir décider à la place des autres, de leur mode de vie, de leur mode de consommation, dès l’instant où cela n’atteint pas la liberté ou la santé des autres.

Ce type de mesure rappelle les excès de l’hygiénisme du 19e siècle, soit un discours moral et des mesures coercitives en matière de mode de vie et d’alimentation. Un moralisme qui stigmatise le fumeur, le buveur, le mangeur, le bon vivant. On ne se contente plus de considérer l’épicurien comme décadent, on ne se contente plus de le culpabiliser, on souhaite désormais lui imposer une manière de vivre par le développement d’un Etat autoritaire et de faire exercer à cet Etat un pouvoir normatif fort. Je vous propose de ne pas mettre le doigt dans cet engrenage et de refuser ces propositions. »

Jérôme Christen, le 25 août 2009

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